ORIGNAL
Comment son domaine vital est-il influencé par son habitat
Alexandre Voyer
Par Paul-André Hould
Tout d’abord il serait bon de différencier le terme « habitat » de l’orignal versus « domaine vital ». Cette simple information peut influencer grandement le chasseur dans le choix de son territoire de chasse, ainsi que dans la possibilité d’améliorer celui où il chasse déjà. Les techniques de chasse, le choix de l’emplacement des postes d’affuts statiques ainsi que différentes stratégies de chasse seront également influencés par cette compréhension.
Qu’est-ce que l’habitat?
L’habitat est un endroit pourvu des ressources nécessaires au maintien d’une espèce. Ces ressources sont généralement la nourriture, l’eau, un abri contre les prédateurs et les intempéries ainsi que l’espace requis au déroulement des activités liées à la reproduction et ce, à une période spécifique de l’année.
L’habitat optimal de l’orignal comprend une mosaïque de peuplement forestiers matures où l’animal peut s’abriter, et de zones de régénération et de repousse offrant une nourriture riche et abondante. En automne, ce grand cervidé a une préférence marquée pour les forêts boréales, les éclaircies, les brûlis, les zones de coupe intensive et les aulnaies, où s’avoisinent les bois matures et les jeunes peuplements d’arbres et d’arbustes dont les feuilles et les ramilles constituent la base de son régime alimentaire.
L’orignal privilégie les forêts mixtes de conifères et de feuillus, et en particulier les sapinières à bouleaux blancs ou bouleaux jaunes. Il apprécie aussi les terres basses aux eaux stagnantes remplies de végétation aquatique. Le choix de son habitat est non seulement relié aux besoins alimentaires de l’animal mais il est également influencé par d’autres facteurs, tels que les conditions climatiques (température, vent, précipitations, couvert de neige), la présence d’insectes piqueurs, la prédation, les dérangements causés par la présence humaine et la chasse.
Le sexe, l’âge, la taille corporelle, la condition physique et le statut de reproduction de l’animal jouent également un rôle dans la sélection de l’habitat. En général, l’orignal fait un compromis entre la disponibilité de la nourriture et l’exposition aux facteurs susceptibles de réduire son succès de reproduction.
Disponibilité de la nourriture
L’orignal a une prédilection pour les habitats récemment perturbés et en régénération, comme les coupes forestières ainsi que les milieux lacustres et marécageux offrant une abondance de jeunes pousses et plantes aquatiques. Il apprécie particulièrement les peuplements mixtes et feuillus de 10 ans et moins. Ces habitats ouverts ou semi-ouverts sont même fréquentés au cours des journées très chaudes, puisqu’ils permettent à l’animal de trouver rapidement sa nourriture et de réduire son stress thermique. Il semble que les milieux riches en nourriture offrent l’avantage d’une alimentation rapide qui compense les dépenses énergétiques importantes occasionnées par la température ambiante plus élevée. Pour ces raisons, les dessus de montage où le vent qui circule procure une baisse de température considérable, semblable aux milieux humides des basses terres en période chaude, sont très appréciés des orignaux.
Pour combler ses besoins en minéraux, nécessaires au remplacement de son pelage, à la lactation, à la croissance de ses bois et à d’autres fonctions physiologiques, l’orignal fréquente aussi les salines naturelles ou celles installées par les chasseurs.
MARK RAYCROFT
La disponibilité de nourriture est primordiale pour qu’un orignal adopte un secteur de son habitat.
Famille d’orignaux fréquentant une saline installée par un chasseur durant la période estivale. Pour que la saline soit un endroit intéressant pour le chasseur elle doit se trouver à proximité d’un secteur utilisé également durant l’automne.
Qu’est-ce que le domaine vital?
Le domaine vital est l’espace que parcourt un animal tout au long de son existence pour accomplir ses activités.
La taille du domaine vital est souvent déterminée par la qualité de l’habitat, c’est-à-dire la capacité d’un milieu donné à fournir en quantité suffisante les éléments biologiques et physiques nécessaires à la survie et à la reproduction d’une espèce vivante selon la saison. La superficie du domaine vital de l’orignal varie d’une dizaine à quelques centaines de kilomètres carrés, en fonction de la qualité de l’habitat. Ainsi, l’orignal se déplace davantage si la nourriture se fait rare en raison de la faible productivité du milieu ou de la présence de nombreux compétiteurs, ou encore s’il est harcelé par des prédateurs.
De façon générale, l’orignal fréquente durant toute sa vie le même territoire. D’une saison à l’autre, année après année, il retourne aux mêmes endroits en suivant les mêmes routes. En dépit de cette fidélité envers son territoire, l’orignal n’est pas territorial. Il ne défend activement aucun territoire et accepte les nouveaux arrivants sans trop d’agressivité, sauf durant la période de l’accouplement en automne. Aussi, au printemps lors de la mise bas, la femelle est peu tolérante à l’égard de ses congénères.
Dans une forêt boréale perturbée par les incendies, par la maladie causée par des insectes et par l’exploitation forestière, et formée d’une mosaïque de peuplements matures et de zones en régénération, l’orignal peut confiner ses déplacements à une zone de moins de 10 km2.
Ses déplacements
Les déplacements quotidiens de l’orignal sont plus importants au printemps et en été qu’en hiver. Durant la saison des eaux libres, alors qu’il fréquente les salines et les endroits fertiles en végétation aquatique, l’orignal franchit en moyenne 1 km par jour. À l’automne, au moment du rut, les mâles à la recherche d’une compagne sont bien plus mobiles couvrant en moyenne 1,5 km par jour, tandis que les femelles restreignent leurs déplacements quotidiens à moins de 0,5 km. De là l’importance de trouver le meilleur habitat, pour l’orignal en automne, que vous avez dans votre secteur pour maximiser vos chances de croiser ce grand cervidé.
MARK RAYCROFT
Durant le rut les orignaux mâles deviennent très mobiles puisqu’ils sont à la recherche d’une femelle en chaleur qu’ils pourront accoupler.
Durant l’année suivant leur sevrage les jeunes orignaux, en particulier les mâles, se déplacent souvent au hasard et franchissent des distances encore plus importantes à la recherche de territoire où ils s’établiront de façon permanente. Ce périple favorise la dispersion de la population et une occupation optimale du territoire. Et moins l’habitat est propice plus ils s’éloigneront de leur lieu de naissance.
Comportement individuel
Le patron d’activité journalier de l’orignal et le pourcentage de temps qu’il consacre à ses diverses occupations varient en fonction des conditions climatiques et de la longueur du jour, de son état hormonal, son âge et son statut reproducteur. Une femelle et son veau, par exemple, n’auront pas le même «horaire de travail» qu’un mâle en rut. En forêt boréale l’orignal est généralement plus actif à l’aube, au crépuscule et la nuit et se repose davantage en mi-journée. En été comme en automne il évite ainsi de s’activer aux heures les plus chaudes, son organisme ayant du mal à supporter la chaleur.
PIERRE MÉTIVIER
Durant les heures les plus chaudes de la journée, les orignaux évitent de se déplacer et se reposent souvent dans des zones de forêt mature où ils trouvent calme et fraicheur.
Deux exemples de bons secteurs d’affût
Suite à toutes ces informations, le chasseur dispose maintenant de plusieurs variétés de stratégie pour les heures de chasse ainsi que l’endroit, judicieusement pensé, de son poste d’affut.
Une zone de coupe de quelques années par exemple devient un choix judicieux, pour un poste d’affût en bordure de celle-ci. Par contre, tous les bûchés ne sont pas gage de succès! Ce garde-manger grandeur nature doit avoir à proximité un abri naturel, comme une forêt de conifères matures pouvant fournir ombrage et fraîcheur durant les périodes plus chaudes.
Les étangs sont également toujours appréciés par les orignaux pour deux raisons : la facilité qu’ils offrent pour les déplacements et la source considérable de protéines que fournissent les plantes aquatiques. En période de moustiques, l’orignal profitera aussi de l’effet bénéfique de s’immerger dans l’eau pour se départir temporairement de ceux-ci.
En été et en début d’automne, les orignaux affectionnent les lacs et étangs qui leur fournissent nourriture et abri temporaire contre les moustiques.
En conclusion
Dites-vous bien que si vous trouvez un bon habitat convenant aux différents besoins de l’orignal sur votre territoire, et que les indices démontrent la présence de celui-ci en automne, il y a de forte chance qu’il s’y trouvera à chaque année.
L’auteur à droite et ses compagnons de chasse avec un jeune buck récolté à l’appel.

