MARCO CHABOT
MARCO CHABOT
De gauche à droite : l’auteur Marco Chabot, Sarah-Estelle Beaudet, Philippe Forest, Louis Morris, Marie-Eve Crevier, Steve Cadieux (le tireur). L’orignal approché à mauvais vent après 3 heures de poursuite dont-il est question dans l’article.
Chasser dans le vent
Est-il possible, selon vous, de chasser l’orignal à mauvais vent sans qu’il ne s’enfuie? Selon l’auteur, la réponse est Oui. C’est possible mais seulement dans certaines situations. Voici comment celui-ci s’y prend pour chasser efficacement avec un vent dans le dos.
Avant d’entrer dans le vif du sujet, il m’apparaît essentiel de vous démontrer à quel point j’accorde de l’importance à la direction du vent. En fait, pour espérer maintenir un succès constant à la chasse, il est primordial de s’assurer que la trajectoire du vent provienne du gibier et se dirige vers nous. C’est ce qu’on appelle «chasser avec un vent de face». Si vous chassez avec un vent de dos, le puissant museau de l’orignal détectera assez rapidement la présence humaine dans le coin. Généralement, il s’éloignera de l’endroit avec fracas ou même parfois sans que vous en ayez connaissance.
Je me concentre tellement souvent sur la direction du vent qu’à la longue, ce sont maintenant mon visage et mon cou qui m’indiquent la direction du vent sur le terrain. Je n’ai plus besoin de gadget pour évaluer la direction du vent. Je peux maintenant percevoir le vent de dos sur mon cou, le vent de face sur mes joues et sur mon nez ou le vent de côté sur ma joue gauche ou droite. Bien sûr, je consulte aussi les prévisions éoliennes à chaque fois que j’ai accès à Internet afin de planifier mes déplacements en forêt.
MARCO CHABOT
L’auteur est tellement conscient de la direction du vent qu’il peut maintenant déterminer sa provenance simplement en sentant la brise frapper son cou (de dos), sur ses joues et son nez (de face) et sur sa joue droite ou gauche (vent de côté gauche ou droit).
Je viens de faire un long détour pour vous démontrer que je ne prends pas la direction du vent à la légère. Ainsi, j’espère avoir capté l’attention des lecteurs qui sont sceptiques sur le fait qu’il est aussi possible de chasser l’orignal à mauvais vent dans certaines situations. En effet, depuis quelques années, j’ai réussi à déjouer des orignaux en me servant volontairement d’un vent de dos pour les approcher. Voici l’une de ces histoires et ensuite je vous explique comment utiliser un mauvais vent de façon efficace.
Histoire de chasse
En 2021, moi et mon chasseur nous pénétrons dans un coin de forêt prometteur. La veille, un membre du groupe avait entendu des vocalises de mâle et de femelle provenant de cet endroit. Après 30 minutes, une femelle se fait entendre et un mâle me répond. Il s’en vient vers nous. Notre excitation monte en flèche. Le « buck » est réceptif à chacun de mes appels, car il émet un «orf» à chaque fois que j’imite un mâle. Je place mon chasseur derrière une talle d’aulnes. Je lui montre les options de tir qui pourront s’offrir à lui. Pendant une quinzaine de minutes, l’orignal me répond sans cesse et s’approche à environ 40 mètres. De son côté, le chasseur n’aime pas le fait que la talle d’aulnes obstrue sa trajectoire de tir par rapport au trajet que semble emprunter le mâle. Il décide donc de se déplacer et de s’installer devant les aulnes. Mon niveau de crainte monte immédiatement en flèche car je crains que l’orignal puisse voir le mouvement du chasseur. Puis, c’est le silence total. J’ai beau faire des vocalises de mâle, de femelles, faire du «rattling», je n’obtiens aucune réponse pendant 20-25 minutes. À un moment donné, il lance un «ORF» à environ 100-150 mètres de nous. Il s’est éloigné.
Je le suis tranquillement pendant près de 2h30, mais il garde toujours ses distances. Parfois, nous patientions plusieurs minutes sur place pour entendre un nouveau son de sa part et ainsi identifier quelle direction il faut emprunter. Soudain, mon chasseur et moi entendons un bruit à quelques centaines de mètres. Après consultation, mon chasseur croit que le bruit provient d’en face de nous à midi et moi je pense que c’est plutôt à 2 heures. Peu importe, que ce soit une place ou l’autre, nous sommes rendus dans des aulnes densément peuplés. C’est certain que nous allons faire énormément de bruit si nous continuons sur la même voie. J’opte donc pour aller sur notre gauche et rejoindre le chemin principal. Ce qui permettra d’avoir une vue sur la forêt mature un peu plus loin en face de nous. Rendu dans le chemin qui longe la forêt mature, nous pouvons voir à 100 mètres dans la végétation et je réalise que les orignaux ne sont pas là. Il est fort probable qu’ils sont à l’endroit où j’ai cru entendre le dernier bruit.
Le temps avance et je dois bientôt récupérer les trois autres chasseurs que j’ai déposés ce matin. Je fais donc face à un dilemme: est-ce que je continue d’attaquer ce « buck » où je le laisse tranquille jusqu’en fin de journée? De plus, il y a deux autres facteurs avec lequel je dois composer. Premièrement, les orignaux semblent être situés à la limite de notre zone de chasse. Il ne faut donc pas les effrayer si l’on espère qu’ils demeurent sur notre secteur. La deuxième chose est que nous ne pouvons pas revenir sur nos pas pour utiliser le vent de face et approcher l’endroit où ils se trouvent car il y a trop d’aulnes.
J’opte alors pour une stratégie de dernier recours. J’imbibe abondamment nos vêtements d’urine de mâle. Nous nous rendons plus loin dans le chemin pour contourner le lieu où je crois que les bêtes se terrent et nous pénétrons dans une plantation pour «attaquer» les orignaux avec le vent dans le dos. Je me dis que les orignaux s’éloignent tout le temps alors faut que j’essaye le tout pour le tout pour les convaincre de rester sur place. Nous progressons à travers la plantation. Elle est quelque peu clairsemée au début mais elle se referme lorsque nous approchons du lieu que j’ai identifié. Je cherche alors un vieux chemin qui sera sans doute plus dégagé. Rendu dans le vieux chemin, j’aperçois un flanc d’orignal à 30 mètres, exactement à l’endroit que j’avais estimé. L’orignal fait quelques pas et je le perds immédiatement de vue derrière les arbres. Soudain, le mâle arrive et prend la place du premier orignal. Je vois enfin la beauté de son panache. Mon chasseur se positionne pour un tir et au même moment, le mâle s’avance lui aussi et on le perd de vue. Tout de suite, je dis à mon chasseur «suis-moi». Nous partons à courir vers eux et je frappe ma corne sur tous les arbres en chemin et j’émets des « ORF » à répétition. Le mâle, qui marchait lentement, s’arrête à 15 mètres devant nous et il se tourne de côté pour observer le rival qui le pourchasse. BANG! (voir photo en ouverture d’article).
Quelle odeur utiliser
Pour ma part j’utilise de l’urine de mâle mature et parfois un peu d’urine de jument en chaleur car j’aime bien imiter un couple d’orignaux. Lorsque je n’ai pas la chance d’avoir de l’urine naturelle, je n’hésite pas à utiliser des produits synthétiques qui reproduisent de mieux en mieux l’odeur d’urine de mâle. Je m’en mets sur ma casquette (ou mon bandana), partout sur ma veste et sur mes bottes. Lorsque je guide, je fais la même chose avec le chasseur qui m’accompagne. Bien que de nombreux chasseurs ne sont pas encore habitués à cette odeur désagréable, il est assez rare que mes chasseurs refusent car ils comprennent que c’est parce que l’on est en train de jouer le tout pour le tout pour récolter notre gibier.
Pour chasser à mauvais vent l’auteur n’hésite pas à s’asperger d’urine de mâle orignal et de jument en chaleur. Palette d’orignal, casquette (vignette) et même vêtement sont imprégnés de l’odeur attractive.
Une autre source d’odeur que j’adore utiliser c’est celle d’une souille découverte sur le terrain. Je me «roule» dedans comme on dit et même j’en mets dans un sac pour une future utilisation. Le plus important c’est de s’imbiber généreusement avec l’odeur de souille ou d’urine. Plus j’en mets, plus j’augmente nos chances.
Lorsqu’on découvre une souille d’orignal fraîche et odorante, il ne faut pas hésiter de s’imprégner de cette odeur naturelle
Une autre source d’odeur que j’adore utiliser c’est celle d’une souille découverte sur le terrain. Je me «roule» dedans comme on dit et même j’en mets dans un sac pour une future utilisation. Le plus important c’est de s’imbiber généreusement avec l’odeur de souille ou d’urine. Plus j’en mets, plus j’augmente nos chances.
Lorsqu’on découvre une souille d’orignal fraîche et odorante, il ne faut pas hésiter de s’imprégner de cette odeur naturelle
Quand chasser à mauvais vent
Pour ma part, il est peu fréquent que je chasse à mauvais vent. Lorsque je prends cette décision c’est parce qu’il s’agit d’une solution de dernier recours. Par exemple, c’est soit parce que le séjour de chasse tire à sa fin, la journée de chasse se termine bientôt, la météo s’annonce peu clémente, le relief du terrain ou la végétation ne me permet pas d’approcher l’orignal à bon vent ou parce que je veux changer de tactique pour «attaquer» de nouveau un mâle qui m’a déjoué une première fois.
De plus, je suis persuadé que le moment de la saison est également important. Je réalise que cette technique est plus efficace pendant le pic du rut, soit entre le 21 septembre et le 15 octobre. Je n’ai pas eu le même succès avec cette technique au début septembre ou à partir du milieu octobre. En fait, soyons honnête il est impossible de camoufler l’odeur humaine à 100 % même si on dispose de tout l’urine du monde. Le nez de l’orignal est capable de distinguer toutes les odeurs. Donc même si mon chasseur et moi sentons l’urine par exemple à 70%, l’orignal est capable de sentir toutes les autres odeurs dégagées par l’humain qui composent le 30 % restant telles que: l’odeur qui sort des pores de notre peau, notre haleine, le shampoing dans les cheveux, le savon à lessive, la cuisson de la nourriture, le tabac, la sueur, etc. Donc lorsque nous chassons pendant le pic du rut, le pourcentage d’odeur d’urine ou de souille sera plus efficace car l’orignal fréquente ou a fréquenté des orignaux qui dégagent cette odeur depuis quelques jours. Une grande partie de son attention tourne autour du rituel amoureux. Par conséquent, il se méfie moins du pourcentage d’odeur humaine qu’il détecte. Alors qu’avant la période du rut, l’odeur des orignaux en rut est moins répandue et l’orignal n’est pas encore totalement en «mode rut». Donc l’orignal est davantage méfiant par rapport à la portion de l’odeur humaine. Il en va de même pour la chasse après le pic du rut car l’orignal tombe alors en mode récupération avant la période hivernale. L’urine de mâle en rut ou de souille est moins répandue. De plus, il a sans doute vécu une pression de chasse dans les semaines précédentes. Son instinct de prudence revient à un niveau normal et l’orignal s’éloignera d’un lieu même si le pourcentage d’odeur humaine est camouflé par beaucoup d’odeur d’urine de mâle ou de jument en chaleur.
MARK RAYCROFT
C’est durant le pic du rut entre le 21 septembre et le 15 octobre que la technique de chasse à mauvais vent avec de l’urine fonctionne le mieux pour approcher les bucks seuls ou en couple.
Comment maximiser l’efficacité de cette méthode
Étant donné que la direction du vent représente un obstacle pour le chasseur, je me suis demandé comment serait-il possible de l’utiliser efficacement à mon avantage. La meilleure façon de maximiser cette technique de dernier recours est d’utiliser le vent en notre faveur durant le pic du rut. Dans cette technique, le but recherché est de se mettre à mauvais vent par rapport à l’orignal pour s’assurer que l’abondance d’odeur d’urine de mâle mature ou de souille que je me suis mis abondamment sur moi se rendra à lui. Étant donné que l’orignal recherche ce genre d’odeur durant le rut, il est logique de croire que nous augmentons nos chances qu’il demeure sur place au lieu de fuir ou qu’il vienne nous voir, maximisant ainsi nos chances.
Conclusion
Comme je le répète souvent, il faut tout d’abord leurrer l’ouïe de l’orignal, ensuite son sens olfactif et finalement sa vision pour augmenter ses chances de récolte. Si l’on chasse à mauvais vent, il est plus que probable que le gibier ne ressente aucunement le désir de nous voir parce que son nez le persuadera qu’il est plus sécuritaire de quitter l’endroit. Heureusement, si on utilise de l’odeur d’urine d’orignal en bonne quantité durant la période de rut et si on imite les appels et les sons que font les orignaux, il est possible d’utiliser le mauvais vent en sa faveur pour persuader le nez de l’orignal que nous sommes un congénère. Ainsi les chances qu’il désire nous voir augmentent considérablement.



